Par Ghassan Hélou-
Quand il fait très chaud à Montréal, il m’arrive d’aller me réfugier chez un copain qui habite la rive Sud de l’île et qui vient de rénover complètement sa piscine. Ce samedi du 15 juillet la température frôlait les 30 degrés Celsius, hors facteur humidex. Nous étions quelques-uns réunis dans le jardin, une bouteille de bière à la main, à raconter des blagues. Parmi nous, un Libanais récemment débarqué. Moi, avec mon polo orange, je n’allais pas échapper à son sarcasme : Hey, Ghassan, depuis quand t’es aouniste ? Pour ne rien te cacher, depuis ce matin. Et pour tout te dire, je soutiens Gibran Bassil ! Je viens de lire sa réaction au discours de l’ambassadrice de France, Anne Grillo. J’avoue qu’il l’a bien remise à sa place en lui rappelant « que personne ne nous fasse sentir que nous lui sommes redevables et que notre nation résiste à toute occupation, tout mandat et toute tutelle ». Pourquoi ? De quoi s’agit-il ? se sont interrogés certains. Hier, répondais-je, l’ambassadrice, dans le cadre des festivités liées au 14 juillet, a convoqué aux jardins du Palais des Pins nombre de Libanais pour célébrer cette occasion. Dans la joie. Car la fête nationale de la France est aussi celle du Liban. Le Liban ne célèbre-t-il pas la fête de sa ‘’tendre mère’’ ? Le 14 juillet n’est-il pas une opportunité pour que les Libanais se montrent reconnaissants à une France qui a toujours soutenu leur cause ? Or, ce jour-là, les Libanais francophones et surtout francophiles ont été humiliés par les propos prononcés par Anne Grillo dans son discours. Elle n’a pas su distinguer entre une prise de parole privée et une prise de parole publique !
Il est temps que le Quai d’Orsay révise ses règles d’engagement. Sur un ton arrogant, humiliant et rabaissant, cette fonctionnaire de l’État français a dévalorisé les Libanais, tous les Libanais : « Où en seriez-vous, martelait-elle l’assistance, si la France n’avait pas, par trois fois, mobilisé la communauté internationale pour éviter votre brutal effondrement sous l’effet conjugué de la faillite financière, de la chute de la livre, de l’explosion au port de Beyrouth ? »
Et pourtant, notre main a été tenue pour nous conduire en enfer. Nous sommes les produits et les victimes d’une Histoire rédigée par la communauté internationale dont les rivalités alimentent les conflits régionaux et maintiennent le chaos absolu.
Anne Grillo, les Libanais que vous avez invités au Garden Party du 14 juillet, sont contents de vous voir partir. Vous les avez insultés. Vous avez fait couler leurs larmes et nourri de grandes haines.
Ghassan Hélou/ Montréal, 18 juillet 2023


